Yvon Dallaire, M.Ps.

Réapprendre à faire l’amour grâce à la thérapie sexuelle

Réapprendre à faire l’amour grâce à la thérapie sexuelle

Les statistiques disent qu’environ 50 % des couples ont ou auront au cours de leur vie conjugale une difficulté d’ordre sexuel. Chez les femmes, on rencontre surtout la difficulté à atteindre l’orgasme et le vaginisme. Chez l’homme, existent surtout des difficultés de l’érection et de l’éjaculation. Chez les deux, on se retrouve souvent avec une baisse ou une perte de libido.

Avec les découvertes de la psychologie et de la sexologie modernes, il n’y a plus aucune raison justifiant qu’un couple ne puisse parvenir à un plein épanouissement sexuel ou du moins à une meilleure entente sexuelle. Si vous êtes aux prises avec l’une ou l’autre des difficultés sexuelles énumérées, je vous encourage fortement à consulter un spécialiste qui, généralement, en l’espace de cinq à quinze rencontres pourra vous aider, non seulement à vous débarrasser des connaissances, attitudes ou comportements nuisibles à votre sexualité, mais surtout à apprendre les connaissances, attitudes et comportements utiles à votre épanouissement sexuel et à celui de votre partenaire.

Que se passe-t-il en thérapie sexuelle?
Les premières entrevues sont tout d’abord consacrées à l’élaboration du diagnostic : description de la situation actuelle, origine et durée des difficultés, le vécu sexuel de chaque partenaire, état de la relation amoureuse, diagnostic différentiel… Cette première étape est primordiale afin d’éliminer toute cause d’origine organique et de différencier les causes d’origine psychique, émotive ou intellectuelle. Le psychologue – sexologue ne travaillera pas de la même façon si le dysfonctionnement est relié à un traumatisme sexuel infantile, à un niveau de stress élevé, à un mauvais apprentissage ou à insuffisance hormonale. Dans le doute, on demande à l’un et/ou l’autre des partenaires de passer soit un examen gynécologique, soit un examen urologique pour s’assurer que la cause est d’ordre psychologique. Ensuite, on passe à la phase thérapeutique.

Personnellement, je reçois, seul à seul, chacun des deux partenaires pendant une entrevue d’une heure afin d’aller chercher le maximum d’information sans l’interférence du partenaire. Puis, une fois obtenue la version de chacun, je rencontre le couple pour souligner les points communs et les points divergents. C’est comme si, après avoir perçu le « côté de la médaille » de chacun, j’évaluais avec les deux partenaires l’épaisseur de la médaille. Si la version de chacun coïncide, je peux alors amorcer le processus thérapeutique ; sinon, je vais ressortir les différents points de vue et les confronter. Il est très important que les partenaires aient une vision commune de la situation pour éviter, par exemple, que madame continue de croire que la cause du problème est l’absence de communication, alors que monsieur croit plutôt qu’une augmentation de la fréquence sexuelle pourrait régler le problème.

Une fois bien établie la description de la dynamique problématique, précisée l’origine du dysfonctionnement et élaborée la méthodologie d’intervention, la thérapie sexuelle peut commencer. La poursuite des rencontres se fait généralement en couple, mais il m’arrive parfois, lorsque je le juge nécessaire, de travailler seul à seul avec chacun des partenaires et de faire des rencontres synthèses de couple ou de travailler avec un seul partenaire, celui dont les changements pourraient le plus rapidement être profitables au couple. Non pas parce que ce partenaire est le « coupable », mais pour un souci d’efficacité et de rapidité thérapeutiques. Dans le cas d’une éjaculation rapide, par exemple, l’homme peut apprendre seul à mieux contrôler la montée de son excitation et transférer cet apprentissage dans ses relations sexuelles sans que j’ai
eu besoin de rencontrer sa partenaire plus d’une ou deux fois.

Essentiellement, toute thérapie ou croissance sexuelle comporte trois domaines d’intervention : pédagogique, psychologique et expérientiel.

La dimension pédagogique
Me croiriez-vous si je vous disais que vous pouvez rester pris si vous faites l’amour dans votre bain tourbillon ? Pourtant, 60 % des participants à un cours sur la sexualité, niveau collégial, le croient. L’éducation sexuelle (scientifique) existe peu. Lorsque, au secondaire, les étudiants reçoivent une information sexuelle, c’est souvent le type d’éducation où ils apprennent : 1. ce qu’il ne faut pas faire, 2. pourquoi il ne faut pas le faire et 3. qu’est-ce qu’ils vont attraper s’ils le font. Autrement dit, l’éducation sexuelle est davantage axée sur les aspects négatifs de la sexualité plutôt que sur ses aspects positifs : 1. qu’est-ce que le plaisir sexuel, 2. quelles sont les meilleures conditions pour augmenter ce plaisir et 3. que faire pour s’épanouir sexuellement en couple. À mettre de côté, évidemment, la majorité des articles écrits dans les revues populaires où l’on met davantage l’accent sur les performances et exploits sexuels plutôt que sur la réalité sexuelle.

Le psychologue vérifie donc les connaissances sexuelles du couple : structure et fonctionnement de l’appareil sexuel, techniques amoureuses, normalité du comportement sexuel… et modifie ces connaissances. L’éjaculateur dit « précoce » est généralement soulagé d’apprendre que les mâles de toutes les espèces animales éjaculent dans les secondes suivant la pénétration, c’est-à-dire que ce comportement est « normal », et que l’homme est le seul animal qui peut apprendre à retarder son éjaculation. Même chose pour la femme qui apprend que la femelle humaine est la seule à pouvoir orgasmer. Souvent, la simple transmission d’informations suffit à dédramatiser bien des situations et à modifier positivement de multiples comportements.

La dimension pédagogique de la thérapie sexuelle
1. Vérification de l’exactitude des connaissances du couple sur la sexualité ;
2. Confirmation ou modification de ces connaissances ;
3. Transmission de nouvelles connaissances sur :
• le cycle des réactions sexuelles,
• la sexualité féminine et masculine,
• la dynamique sexuelle inhérente à tous les couples ;
4. Recherche de mythes, préjugés et fausses croyances sur la sexualité.

La dimension psychologique
C’est au plan psychologique que les interventions du thérapeute nécessitent le plus d’habiletés car, malgré la bonne volonté des partenaires, l’un ou l’autre peut résister à la thérapie et même y faire obstruction. Il n’est pas toujours facile de livrer totalement sa profonde intimité à un inconnu ou à quelqu’un de l’autre sexe, d’où la nécessité pour le psychologue de construire la confiance et d’assurer la confidentialité, non seulement au couple, mais aussi à chacun des deux partenaires. Il arrive parfois qu’un partenaire livre au psychologue des secrets qu’il ne veut pas communiquer à son conjoint.

L’enquête psychologique cherche à savoir, entre autres, ce qui se passe dans la tête de l’homme et de la femme au moment de la relation sexuelle ? Par exemple, l’homme a-t-il peur de perdre ses érections ou est-il obsédé par l’orgasme de sa partenaire ? Madame est-elle préoccupée par le temps pris pour arriver à l’orgasme ? Le couple a-t-il inconsciemment développé des scénarios de sabotage sexuel ? Le mari qui ne caresse sa femme que lorsqu’il veut faire l’amour ? La femme qui fait des comparaisons blessantes pour son partenaire. Quelle éducation sexuelle le couple a-t-il reçue et quelles sont les émotions que cette éducation a associées à la sexualité : peur, culpabilité, répugnance… Y a-t-il eu des traumatismes sexuels lors de l’enfance ou de l’adolescence ? Comment s’est effectué l’apprentissage des premières relations sexuelles ?

La culpabilité, l’anxiété de performance, la peur ou la honte de la nudité et des organes génitaux, les problèmes de communication, la crainte de l’échec, le refus inconscient du plaisir, l’attitude du spectateur… sont tous des facteurs psychologiques bloquant l’abandon nécessaire au plaisir sexuel. Ces facteurs sont généralement reliés à une éducation sexuelle répressive. Heureusement, le psychologue ou sexologue est en mesure de remodeler ces attitudes psychologiques destructrices, tout comme il peut modifier les comportements inadéquats.

Savoir comment la sexualité fonctionne et
comment les êtres vivants agissent sexuellement
permet souvent de se déculpabiliser :
« Ah, nous ne sommes pas les seuls
à avoir cette difficulté ou à penser de cette façon ! »

La dimension expérientielle
C’est ce que j’appelle « les devoirs à faire à la maison ». Une difficulté sexuelle est généralement la conséquence d’une mauvaise information, d’attitudes négatives, mais aussi de comportements inadéquats. La femme qui ne connaît pas son corps pourra difficilement enseigner à son mari ce dont elle a besoin comme stimulation pour parvenir à l’orgasme. L’adolescent qui se masturbait à toute vitesse pourra difficilement modifier son comportement du jour au lendemain et contrôler son éjaculation simplement parce qu’il aime sa conjointe. L’homme et la femme doivent alors désapprendre ce qu’ils ont appris et réapprendre à faire l’amour.

Faire l’amour est quelque chose que l’on apprend à faire. Pour y parvenir, l’on se doit de créer les conditions favorables à cette expérience. À l’intérieur de la thérapie sexuelle, le psychologue peut proposer plusieurs exercices à faire. Certains s’apprennent dans le bureau du professionnel (exercices de respiration et de détente, exercices de Kegel…) ; d’autres, plus intimes, se font à la maison (exercices d’expérimentation et de concentration sensuelle, auto-examen du corps et des organes génitaux, contrôle de l’excitation par la masturbation…).

Les psychologues et sexologues ont développé une série de stratégies et de techniques permettant cette modification du comportement sexuel. Par exemple, beaucoup de difficultés sexuelles sont dues à un trop grand accent mis sur la dimension génitale de la sexualité. Le thérapeute suggèrera alors des exercices qui permettront au couple de mettre l’accent sur la sensualité et d’apprendre ainsi le laisser-aller nécessaire pour que les réactions sexuelles réflexes puissent se produire. Tout le monde a probablement entendu parler de la « squeeze technique » développée par Masters et Johnson pour traiter l’éjaculation trop rapide et décrite dans presque tous les livres de sexologie. Personnellement, j’ai remplacé cette technique, que je trouve trop complexe et frustrante, par d’autres plus simples et qui font davantage appel à la liberté de l’homme et à sa capacité de maîtriser la stimulation plutôt que son excitation ou son réflexe orgasmique.

Qui consulter?
Personne n’a le goût de consulter un psychologue ou un sexologue et il n’y a évidemment rien de bien drôle à aller en thérapie. Mais, une fois la glace brisée, une fois le climat de confiance bien établi, les rencontres avec un spécialiste en sexualité deviennent une source de croissance souvent insoupçonnée. Parler avec quelqu’un qui a exorcisé le tabou du sexe, qui utilise les bons mots, qui possède une attitude ouverte et franche face à la sexualité, qui écoute et comprend sans juger et qui sait comment dédramatiser les situations les plus critiques… devient une expérience de vie inoubliable.

Mais attention ! Assurez-vous de la compétence du thérapeute en vous informant si ce dernier est membre d’une association ou d’un ordre professionnel reconnu. Les seuls professionnels qui peuvent légalement pratiquer la thérapie sexuelle sont évidemment les psychologues – sexologues et les sexologues – psychothérapeutes, mais non les éducateurs sexologues. D’autres professionnels, s’ils ont pris une formation pertinente peuvent aussi faire de la sexothérapie : des consultants matrimoniaux, des travailleurs sociaux, des médecins, des psychiatres et des infirmières. Méfiez-vous des pseudo – thérapeutes qui vous promettent la guérison de vos problèmes sexuels. Aucun thérapeute digne de ce nom ne peut vous faire de promesse.

Il est très important de vous sentir à l’aise avec votre thérapeute. Pour aborder un sujet aussi intime que la sexualité, vous devez avoir confiance, vous sentir écouté, sentir que le thérapeute respecte vos principes et ne vous demande pas de faire des exercices qui vous répugnent ou d’adopter des croyances qui vont à l’encontre de votre conscience. Sinon, changez ; tous les thérapeutes ne travaillent pas de la même façon ; certains peuvent mieux vous convenir que d’autres. Mais tous sont des scientifiques universitaires qui vous décrivent la réalité sexuelle au meilleur de leurs connaissances et expériences thérapeutiques.

La majorité des sexothérapeutes travaillent en bureau privé ou en clinique spécialisée. Faites marcher vos doigts jusqu’à la rubrique Psychologie ou Sexologie des pages jaunes pour connaître ceux de votre région. Une thérapie sexuelle reliée à un dysfonctionnement nécessite généralement 5 à 15 rencontres d’une heure. Les coûts varient de 70 $ à 125 $/l’heure dépendant de la compétence et de l’expérience du professionnel. Rappelez-vous que votre compagnie d’assurance rembourse probablement une bonne partie des frais occasionnés par votre thérapie. Vérifiez préalablement que votre contrat rembourse le type de professionnel que vous voulez consulter. (Au Québec, les services psychologiques sont exonérés des taxes parce que considérés comme des soins de santé essentiels.)

Quelques adresses utiles.

En Belgique

En France

Au Québec

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Yvon Dallaire, est psychologue, conférencier, formateur et auteur de nombreux volumes sur les relations homme – femme : http://www.optionsante.com/yd_livres.php. Il est co-créateur de la formation professionnelle en psycho – sexologie appliquée (FPSP) avec le Dr Iv Psalti : http://www.formationsexologue.com, formation réservée aux intervenants en thérapie conjugale.

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