Yvon Dallaire, M.Ps.

L’amour naissant

L’amour naissant

On a beaucoup écrit sur l’Amour ; on l’a aussi chanté sur tous les tons. Mais qu’est-ce donc que ce sentiment qui fait courir les foules et dépenser des fortunes d’énergie ? Comment naît et se développe cette émotion qui transporte mais qui, malheureusement, fait souvent souffrir ?

Vous êtes là, tranquille à vous faire caresser par le soleil automnal, en train de siroter un chocolat chaud sur la terrasse de votre café-bistro préféré. Soudain, vous entendez un éclat de rire ; vous levez les yeux de votre magazine et… bang ! Vous l’apercevez. Votre pouls s’accélère, votre ventre se noue, des fourmillements parcourent votre corps. Vous n’y croyiez plus, mais il (elle) est bien là, à trois tables de vous : la perle rare, l’âme sœur, l’homme (la femme) de vos rêves.

Vos pupilles se dilatent. Vous devez absolument attirer son attention, vous faire remarquer. Comment faire ? Vous n’osez trop le (la) fixer, mais votre regard revient sans cesse sur lui (elle), incapable de vous reconcentrer sur l’article pourtant fort intéressant de votre revue. Son regard croise finalement le vôtre, le temps d’un éclair, mais se détourne aussitôt pour continuer la conversation avec la personne qui l’accompagne. Pourvu que ce ne soit qu’un(e) ami(e) et non son conjoint ou, pire, son amant(e).

À nouveau, vos regards se rencontrent et, l’espace d’un très bref instant, plongent l’un dans l’autre. Un véritable embrasement envahit tout votre être. Mais, il (elle) détourne à nouveau les yeux. Vous remarquez toutefois un changement subtil dans son attitude et ses gestes. Si c’est une femme, elle baisse les yeux, penche la tête de côté, se passe une main dans les cheveux, se rapproche légèrement de son partenaire et lui chuchote quelque chose ; elle semble maintenant tout faire pour fuir votre regard. Si c’est un homme, il se redresse sur sa chaise, s’anime, sourit largement, parle un peu plus fort, touche le bras de sa partenaire et vous regarde en coin, sans en avoir l’air ; il croise même les mains derrière la tête.

Vos regards s’accrochent à nouveau et, ô miracle, il (elle) esquisse un léger sourire. Ça y est : vous savez que vous avez été remarqué et qu’il (elle) sait que vous l’avez remarqué. Comment entrer en contact? Comment lui parler ? Que dire ? Une formule toute faite, style « Je n’ai jamais rencontré une femme aussi belle que vous! » ou « Il me semble vous avoir déjà rencontré quelque part ? ». À moins de vous adresser à la personne qui l’accompagne ? Le temps passe ; les minutes, qui vous semblent une éternité, s’égrènent inexorablement.

Panique ! Ils se lèvent, votre coeur ne fait qu’un tour. On dirait qu’ils se préparent à s’en aller. Que
faire ? Passerez-vous à côté du bonheur sans lever le petit doigt. C’est la première fois que vous le
(la) voyez ici et probablement la dernière. Vite, il faut trouver quelque chose. Surprise ! C’est l’autre personne qui s’en va, après une poignée de mains. Il (elle) se rassoit, faisant semblant de s’occuper à quelque chose. Vous êtes toujours paralysé(e), ne sachant que faire pour lui plaire car vous n’aurez plus jamais l’occasion de faire une première bonne impression.

Finalement, vous vous levez et vous approchez de sa table, le cœur palpitant. « Je me sens un peu mal à l’aise de vous aborder ainsi, mais j’aimerais beaucoup faire votre connaissance (voir note 1). » Délice des délices, il (elle) vous sourit, vous tend la main, vous invite à vous asseoir et vous dit « Moi aussi, j’aimerais bien vous connaître. Je m’appelle… »

Ce que vous dites par la suite, vous n’en avez plus aucune idée. De toute façon, la seule chose importante, c’est que vous êtes maintenant avec lui (elle), les yeux dans les yeux, le (la) regardant plus que vous ne l’écoutez. Rapidement, une ambiance intime se crée, vous enveloppant comme une aura double. Il (elle) vous effleure même le dessus de la main à quelques reprises (main que vous gardez sur la table, le plus près possible de l’autre). Vous oubliez le contenu de la conversation, mais vous avez retenu son nom et sa disponibilité. Vous sentez une certaine réceptivité et réciprocité dans la position de son corps légèrement penché vers vous. Vous aimeriez le (la) prendre immédiatement dans vos bras, lui dire tout ce que vous ressentez dans votre corps, votre tête et votre sexe, mais vous ne voulez surtout pas l’effaroucher : vous voulez l’apprivoiser avant de lui manifester toute l’intensité de ce que vous éprouvez à son contact.

Deux heures plus tard, vous vous appelez que vous avez mis un poulet au four pour votre souper. Catastrophe ! À contrecœur, vous vous arrachez à ce moment intense, à son rire devant votre oubli, mais seulement après avoir échangé vos numéros de téléphone et la promesse de vous revoir. Calciné, le poulet BBQ a pris le bord de la poubelle. Qu’importe, vous n’avez plus faim ; vous êtes rassasié de son image, de son odeur, de sa gentillesse et de tous les rêves que vous êtes en train d’élaborer en pensant à lui (elle). Vous êtes sous le charme et espérez que ce sera réciproque.

Pendant deux jours, vous vous forcez à ne pas lui téléphoner ; il faut quand même faire preuve d’indépendance. Mais vous ne tenez plus en place et, parfois, le désespoir vous envahit (voir note 2) : et si tout cela n’était qu’un rêve ? Et s’il (elle) ne téléphonait pas ou refusait votre invitation à sortir ? Et si vous ne pouviez recréer ce moment d’intensité extatique ? Et si tout cela n’était qu’illusion ? Et si vous gaffiez lors d’une prochaine rencontre et que tout s’écroule par votre faute ? Adieux les rêves d’une vie tant espérée avec la personne tant attendue.

Vous l’invitez finalement à souper et il (elle) accepte. Vous riez, vous mangez, vous buvez, vous vous ouvrez fébrilement l’un à l’autre, vous dansez, vous échangez un chaste baiser rempli de retenu. Vous vous revoyez, vous vous découvrez toutes sortes d’intérêts communs, vous parlez de longues heures au téléphone. Vous faites l’amour et vous tombez amoureux, ou est-ce l’inverse. Peu importe, la vie est belle et vous commencez à rêver des rêves possibles à deux. Vous n’avez jamais rencontré un homme si prévenant, si communicatif, si sensible, si sûr de lui et il fait tellement bien l’amour ; il vous fait tellement bien l’amour. Vous n’avez jamais rencontré une femme si agréable, si sensuelle, si d’accord avec vos intérêts et vos projets, si autonome et admirative ; et du sexe, elle en redemande. Vous vibrez à l’unisson ; vous savez que vous étiez prédestinés l’un à l’autre ; vous êtes en pleine fusion passionnelle. Il ne vous reste plus qu’à vivre ensemble, à vous marier (ou non), à avoir des enfants et à être heureux pour le reste de vos jours. Quelle différence avec les quelques unions et/ou aventures que vous avez eu par le passé. D’ailleurs, tout le monde trouve que vous formez un beau couple et vous envie.

Ce « coup de foudre » fait ressortir les cinq étapes du processus de séduction et les trois principales composantes du sentiment amoureux. Pour séduire, il faut d’abord attirer l’attention et tous les moyens sont bons pour ce faire. Les femmes mettent généralement en valeurs leurs attributs féminins, se montrant sexy et gage de plaisirs innombrables ; les hommes étalent leur force et leurs richesses, source de sécurité et de stabilité. Les deux envoient le message « Je ne suis pas n’importe qui ; vous pouvez avoir confiance en moi ». Les premiers regards constituent le deuxième acte, souvent accentué par le sourire : « Oui, vous m’intéressez ; venez me rejoindre. »

La conversation est une étape cruciale car la voix représente la personne. Toutefois, ce n’est pas tant ce qui est dit qui est important, mais la façon de le dire : la tonalité, la diction, la chaleur de la voix, la gestuelle corporelle… portent davantage que la signification des mots (voir note 3). Les psychologues ont observé que le premier contact physique était initié par la femme trois fois sur quatre, de la façon la plus fortuite et spontanée qui soit ; c’est comme si, par un léger effleurement du bras ou de l’épaule, elle transmettait l’initiative à son partenaire, l’invitant ainsi à lui prendre la main, la taille, les épaules ou un baiser. La meilleure façon de savoir si votre séduction a porté est d’observer les réactions de votre élu(e) à vos propres gestes : s’il (elle) répond en écho (par exemple, boire ou croiser les jambes en même temps que vous), vous avez de très grandes chances qu’il (elle) accepte votre invitation à souper… et plus. C’est ce que les psychologues appellent le synchronisme corporel, lequel se manifeste autant dans la danse que dans l’acte sexuel.

L’amour ne peut, au départ, qu’être basé sur l’attraction physique puisque c’est d’abord ce que l’on voit de la personne ; c’est son corps qui nous attire ou nous repousse, qu’on le veuille ou non. Toutefois, cette attraction ne peut dépasser le désir sexuel que si l’admiration se développe au fur et à mesure qu’on apprend à connaître l’autre. Finalement, l’amour survit au temps et à la routine qu’à la condition d’entretenir une certaine compatibilité d’intérêts et des projets communs.

Note 1 : Que dire pour entrer en contact ?
D’après les recherches du Dr Cunningham de Chicago, l’approche directe telle « J’aimerais faire votre connaissance » donne une réponse positive dans 82 % des tentatives d’entrer en contact avec une personne étrangère. L’approche neutre « Comment trouvez-vous la musique ? » obtient 70 %. Un simple « Bonjour » vaut 55 %. « Vous me rappelez quelqu’un » n’obtient qu’un faible 18 à 20 %. C’est quand même mieux que les approches choc style « J’aimerais me réveiller dans vos bras » ou « Qu’aimeriez-vous pour votre déjeuner? » ou « Vous avez un magnifique chandail » ou « Qu’avez-vous fait au bon Dieu pour avoir de si beaux yeux ? » qui suscitent souvent des réactions négatives. Évidemment, les scores varient quelque peu dépendant de la beauté du prétendant. Tiré de Stefan Bechtel, Sex, A man’s Guide, Men’s Health Books.

Note 2 : Les symptômes de la passion
Vous savez que vous avez été séduit(e) lorsque se développe en vous un syndrome reconnaissable à quatre éléments :

  1. Irruption d’images mentales incontrôlables : vous ne pouvez vous empêcher de penser à
    l’objet de votre amour ;
  2. La minimisation des défauts et faiblesses de l’être aimé et la croyance que votre amour va l’ «
    arranger » ;
  3. La co-existence de deux sentiments : l’espoir de voir réaliser votre rêve de conquête et
    l’incertitude d’y arriver ;
  4. L’effet « montagnes russes » de vos états qui passent de la plus grande excitation au contact
    de l’être aimé à la plus grande dépression lorsque vous vous retrouvez seul(e).
    Tiré de Helen Fisher, Histoire naturelle de l’amour, Robert Laffont, Paris, 1994, 458 p.

Note 3 : La communication
D’après les psychologues, la communication est composée de 55 % de non-verbal et de seulement 45 % de verbal ; de plus, ils subdivisent le verbal en signification des mots, 8 %, et en tons sur lesquels les mots sont prononcés, 38 %. Un « Je t’aime » chaleureux et enveloppant, le corps penché vers la personne aimée, les yeux dans les yeux, n’a pas du tout la même valeur qu’un « Je t’aime » sec alors que vous êtes en train de regarder la télévision. Que les vrais amoureux se le disent!

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