Yvon Dallaire, M.Ps.

Comment être malheureux en amour…

Comment être malheureux en amour…

Comment être malheureux en amour ou Comment réussir son divorce

Plus de trente ans de pratique en thérapie conjugale me permet aujourd’hui de vous transmettre une recette infaillible pour assurer votre séparation ou votre divorce dans les quatre ou cinq années suivant votre union. On dit souvent, à la blague, que le mariage est la première cause du divorce, encore faut-il y trouver les ingrédients suivants. Dépendant de la présence ou non de certains de ces éléments, nous pouvons même évaluer votre pourcentage de chances de réussir à divorcer.

Le coup de foudre

Prenez tout d’abord deux individus diamétralement opposés, ne partageant aucun intérêt commun, ou si peu, et mettez-les ensemble. Comme le dit si bien la psychologie populaire, les contraires s’attirent : vous verrez alors un véritable feu d’artifice provoqué par ces différences. Ce coup de foudre intense durera un certain temps, puis la polarité s’inversant, cette intensité se retrouvera dans les conflits suscités, justement, par ces mêmes différences.  Ce qui avait attiré les deux individus l’un vers l’autre deviendra, à plus ou moins longue échéance, leur principale source de mésententes et de conflits. Une formule qui ne rate jamais et que vous pouvez recommencer jusqu’à épuisement. Denise, l’une de mes clientes en était rendue au 15e « homme de sa vie », une véritable experte en coups de foudre, sans calculer toutes les rencontres d’un soir, et elle n’avait que 38 ans la dernière fois que je l’ai reçue en consultation.

Le coup de foudre mène très rarement à la stabilisation d’un couple parce qu’il confirme que la passion (on ne parle pas d’amour ici, mais bien d’un coup de foudre) est aveugle. Ce n’est pas véritablement la personne que l’on aime, mais plutôt les sensations que l’on éprouve devant tant de nouveautés et de différences, devant l’illusion d’avoir enfin trouvé la personne qui pourra réellement nous compléter, notre « âme sœur », celle qui nous permettra de régler tous nos problèmes, qui remplira notre vide intérieur et réalisera tous nos rêves. Enfin ! Mais la réalité nous rattrape vite. La réalité, c’est que la personne qui devait régler tous nos problèmes devient inévitablement notre principale source de problèmes. Une fois la foudre tombée, on ne peut que constater les dégâts : perte des illusions (le prince se retransforme en crapaud, la princesse critique), certitude de s’être trompé (encore une fois !), perte d’estime de soi, rancœur contre l’autre sexe (ils-elles sont tous-tes pareil-les)… et un vide intérieur de plus en plus grand qui ne peut évidemment être comblé que par une nouvelle passion qui devra être foudroyante afin d’oublier le passé. Tomber en amour n’est donc pas synonyme de « s’élever » en amour.

Même si votre relation amoureuse ne débute pas par un coup de foudre, vous pouvez aussi augmenter vos chances de divorce en forçant votre partenaire à correspondre point par point à l’idéal que vous vous faites du prince charmant ou de la princesse charmante. Prenez-le en mains et modelez-le dès le début, même à son corps défendant. Faites-lui comprendre que, vous, vous savez comment les choses fonctionnent et ce qu’il faut faire pour vivre en couple. Culpabilisez toute initiative de sa part ; isolez-le de sa famille et de ses amis ; obligez-le à se rapporter continuellement ; soyez possessif et envahissant. Faites-lui croire qu’il doit être parfait et répondre à toutes vos attentes et critiquez-le à la moindre faute. Ne lui laissez rien passer. Avec cette stratégie, vous aurez des chances de battre le record de ma cliente.

Les illusions romanesques

Pour augmenter vos chances de réussir votre divorce, entretenez les différents mythes suivants :

1. Croyez dur comme fer que la communication est le meilleur moyen de parvenir à se connaître, se comprendre et s’aimer. Utilisez toutes vos ressources pour faire comprendre à l’autre ce que vous attendez de votre couple. Revenez à la charge régulièrement. Obligez votre partenaire à utiliser l’écoute active et à écouter tranquillement et affectueusement votre point de vue. Exprimez vos sentiments plutôt que d’accuser ; transformer vos reproches en critiques positives : elles se digèrent mieux. Si votre partenaire, malgré tous vos efforts, continue de ne rien comprendre, essaie de se justifier ou vous impose son propre point de vue, soyez assuré qu’il(elle) est de mauvaise foi.

2. Utilisez les techniques de résolution de conflits véhiculés par les thérapeutes conjugaux traditionnels. Ne faites pas comme ces couples heureux qui acceptent d’être en désaccord et d’avoir des différends insolubles. Discutez avec votre partenaire jusqu’à ce que vous parveniez à un compromis. Par exemple, entendez-vous pour faire l’amour trois fois par semaine et non pas une, comme vous le souhaiteriez, ou cinq, comme l’exige votre partenaire. Mettez de l’eau dans votre vin, peu importe le prix que vous avez payé pour acheter la bouteille de vin. Ne croyez pas la nouvelle rengaine des thérapeutes conjugaux qui affirment que 69 % des conflits de couple sont insolubles. Faites-les mentir.

3. Assurez-vous de choisir un partenaire parfait, sans défaut et ne lui permettez aucune erreur. Votre partenaire ne doit avoir aucun comportement névrotique ou aucun problème de personnalité. Il n’a pas le droit d’altérer votre désir de perfection. Ce serait réellement dommage de vous retrouver avec un partenaire dont vous tolérer les défauts, le couple pourrait survivre.

4. Essayez de tout faire ensemble. Ayez les mêmes amis, les mêmes loisirs, les mêmes sorties. Par exemple, allez skier au Mont Ste-Anne et suivez-le dans les pistes 1A et 1B, même si vous n’avez jamais pris de cours de ski. C’est si bon d’être ensemble. À quoi sert le couple si ce n’est pour être ensemble et fusionner ?

5. Utilisez la formule donnant-donnant. Il faut toujours être à égalité dans un couple, c’est pourquoi il faut tenir les comptes. Ne lui donnez pas l’attention qu’elle attend, si elle ne vous donne pas tout le sexe que vous voulez. Assurez-vous que le partage des tâches ménagères soit vraiment équitable et que chacun investisse autant que l’autre dans le couple et ce, de la même façon. La formule donnant-donnant est une formule gagnante pour ceux qui veulent divorcer.

6. N’ayez aucun secret l’un pour l’autre. Dites-vous tout et videz tous les conflits possibles. Mettez-vous complètement à nu devant l’autre. Racontez-lui toutes vos erreurs passées ; cherchez à tout savoir de lui ; poursuivez-le dans ses ultimes retranchements. N’entretenez aucun mystère et assurez-le que vous serez toujours là, à la vie, à la mort.

7. Si jamais, vous sentez que votre partenaire s’éloigne de vous, qu’il est moins affectueux, ayez une aventure extraconjugale. Cela le réveillera certainement et il verra ce qu’il risque de perdre : sa flamme pour vous ne pourra que renaître.

8. Rappelez-vous continuellement que les hommes ne sont pas conçus biologiquement pour la monogamie, contrairement aux femmes. Donc, n’excusez aucune incartade féminine et soyez tolérant pour les faibles hommes.

9. Relisez Les hommes viennent de Mars, Les femmes viennent de Vénus du célèbre Dr John Gray pour vous convaincre que les différences homme-femme sont vraiment la principale source de conflits et que, quelque part, les hommes et les femmes ne sont pas faits pour vivre ensemble. Ne croyez pas ceux qui vous disent que les couples heureux sont aussi composés d’un Martien et d’une Vénusienne.

Théoriquement, avec toutes ces croyances, vous devriez réussir à créer un tel climat de tension et de paranoïa que votre partenaire, à moins d’être réellement masochiste ou dépendant affectif, ne pourra tolérer une telle vie de couple et s’enfuira à toutes jambes. Vous croyez que ce n’est pas suffisant, faites appel aux quatre cavaliers de l’Apocalypse.

Les cavaliers de l’Apocalypse

Pour mettre encore plus de chances de votre côté, vous disposez de quatre stratégies qui ont fait leurs preuves. Utilisez-les à profusion et, à elles seules, ces techniques vous donneront de 92 à 95 % de chances de réussir votre divorce dans l’année qui vient, sinon dans les six mois.

1. La critique. Ne lui dites pas que vous n’appréciez pas tel ou tel comportement, attaquez sa personnalité : « Tu n’es qu’un(e) égoïste. » « Tu fais exprès pour ne pas comprendre. » « C’est essentiellement de ta faute si ça va mal dans notre couple. » « Je ne peux vraiment pas me fier à toi. » « Tu es un(e) irresponsable. » Commencez votre critique de façon brutale, ne lui laissez surtout pas le temps de se tourner de bord. Sautez sur lui dès que la porte se referme : « Ah ! Te voilà, toi. Tu sais que t’en as fait toute une bonne. Mais à quoi as-tu pensé, bon dieu ? »

2. Le mépris. Exprimez vos critiques avec un air de dégoût : « Et tu voudrais que je fasse l’amour avec toi, Non, mais t’es-tu vu l’allure ?  T’es crotté(e). ». Regardez-le de haut : « Tu voudrais que je te fasse une liste, tu crois que ça suffit avec toi ? T’es incapable de quelque initiative que ce soit. » Riez de lui et tournez-le en ridicule : « T’es ben comme ta mère ! Frigide ! » « Hey, savez-vous quoi ? Mon chum a fait patate hier soir. Si vous lui aviez vu la binette. » (À l’occasion d’un souper chez des amis.)

3. La défensive. Si votre partenaire a le malheur de vous critiquer, contre-attaquez immédiatement : « Le problème, ce n’est pas moi, c’est toi. C’est toi qui critiques tout le temps après tout le monde. » « Mais qu’est ce que j’ai fait au Bon Dieu pour me retrouver avec ÇA ! » « Penses-tu que j’avais le temps de t’appeler pour te dire que j’allais être en retard. Je travaille, moi ! » « C’est toujours toi qui commences. » « Bon ! C’est reparti ! »

4. La dérobade. Si vous voulez vraiment faire exploser votre partenaire, faites semblant que vous ne l’entendez même pas : ne laissez pas la pluie de ses injures atteindre le parapluie de votre indifférence. Exemple classique de dérobade : Le mari rentre du travail, se fait accueillir par un feu nourri de critiques et, sans mot dire, se retranche derrière son journal. Moins il réagit, plus elle hurle. Finalement, il se lève et quitte la pièce. Ce scénario dure parfois des années, dépendant de la résistance à la souffrance des deux partenaires.

Si vous êtes une femme, vous avez une longueur d’avance en utilisant les deux premiers chevaliers. Si vous êtes un homme, vous ne devriez pas trop avoir de difficultés à devenir expert avec les deux derniers. Et renvoyez-vous la balle. Ne faites jamais quelque tentative de rapprochement que ce soit, du genre : « Chéri(e), je crois que notre discussion est mal partie. Veux-tu, on va la reprendre. » « Vu de cette façon, cela a de l’allure. » « Tu as raison. » Ne vous excusez jamais, ce serait donner du pouvoir à votre partenaire. N’utilisez jamais l’humour pour désamorcer une querelle. Un petit truc supplémentaire : ressassez les mauvais souvenirs. Réécrivez en pire votre histoire d’amour et rappelez à votre partenaire toutes les fois où il a été fautif.

Si tout va bien, votre mariage deviendra une véritable torture. Vous serez en alerte rouge continuelle. Vous vous détacherez lentement et sûrement l’un de l’autre. Vos problèmes conjugaux deviendront insurmontables. Vous aurez l’impression qu’il est tout à fait inutile d’en parler à la « tête dure » qu’est devenu votre conjoint. Vous essayerez tant bien que mal de vous y adapter en trouvant par vous-même des solutions qui vous satisferont. Tranquillement (plus rapidement si vous savez manier les quatre chevaliers de l’Apocalypse), la solitude s’installera et vous arriverez à mener des vies parallèles. Pour vous aider à endurer tout ça, vous chercherez des compensations ailleurs et entretiendrez de nouvelles illusions sur votre amant(e). Ne consultez surtout pas un psychologue, vous êtes en bonne voie : votre couple court à sa perte à court ou moyen terme. Ce serait dommage d’avoir fait tout ce boucan pour démissionner à la dernière minute et risquer de sauver votre couple à cause d’un intervenant extérieur qui aurait le goût et l’expertise pour vous aider.

Le choix du partenaire

Pour vous assurer d’être malheureux en amour, choisissez une personne inaccessible. Par exemple, une personne déjà engagée ou mariée avec quelqu’un d’autre. Persévérez dans vos tentatives de séduire une personne qui vous répète qu’elle ne veut pas s’engager ou qui ne peut vous consacrer que très peu de temps à cause de sa profession. Laissez-vous attirer par des personnes d’un autre milieu social, d’un autre pays, d’une autre couleur, d’un milieu socio-économique très différent du vôtre, ou avec une philosophie de vie très éloignée de la vôtre… Surtout, évitez les personnes tendres, franches qui pourraient vous donner du support affectif. Non, recherchez plutôt des personnes avec qui vous pourrez partager un territoire vide, dénudé, qui deviendra un véritable champ de bataille rempli de haine, de colères, d’insultes. Pour augmenter vos chances, trouvez-vous un manipulateur qui vous retiendra par la jalousie (Je n’ai de valeur qui si tu t’occupes de moi et tu n’as pas le droit d’exister en dehors de moi), par le chantage (Tu agis comme je le veux, sinon je te quitte), par la faiblesse (Je ne suis rien sans toi, tu ne peux donc me quitter, j’en mourrais), par la servitude (Je te suis tellement utile que tu ne pourras jamais me quitter) ou par la culpabilité (Tout est de ta faute si ça ne marche pas entre nous). Ne quittez jamais de telles personnes car vous possédez, avec elles, une garantie de malheur à vie. Vous en mourrez probablement.

Statistiques

Soyez confiant dans la réussite de votre malheur en couple. De toute façon, vous partez gagnant. Eh, oui ! Sur une période de quarante ans de vie commune, vous avez 67 % de chances de divorcer. Et ajoutez 10 % de plus, pour une deuxième union. Si vous voulez faire partie des 50 % de couples qui divorcent à l’intérieur de cinq ans de vie commune, perfectionnez les techniques décrites ci-dessus. Comme l’espérance de vie continue de s’allonger (les biologistes nous prédisent 120 ans en 2050), vous pourriez vous faire inscrire dans le Guinness World Records pour le nombre de divorces. Un divorce à tous les cinq ans totalisera vingt divorces sur une période de 100 ans.

En réussissant votre objectif d’être malheureux en couple, vous obtiendrez aussi des bénéfices marginaux très intéressants. En étant malheureux dans votre couple, vous augmentez vos chances de maladies de 35 % et écourtez votre vie de quatre ans.  En effet, un mariage malheureux plonge les deux partenaires dans un état d’irritation physiologique chronique et diffuse, augmentant ainsi le stress physique et psychologique. À la longue, ce stress affaiblira votre système immunitaire : vous développerez des affections physiologiques (hypertension, problèmes cardiaques, problèmes respiratoires…) et des désordres psychiques (anxiété, dépression, violence, toxicomanies…). Autres avantages non négligeables, vos enfants seront sujets à l’absentéisme et aux échecs scolaires, au drop-out, à la dépression, à la délinquance, au rejet social… De plus, ils augmenteront leurs chances d’être, eux aussi, malheureux en amour et de divorcer. Si vous êtes vraiment, mais alors là vraiment, chanceux, vous pourriez trucider votre partenaire et vos enfants et vous suicider par la suite. Quel sublime ! Quelle fin extatique !

Évidemment, si vous changez d’idée et décidez de réussir votre vie de couple et de famille, vous devrez utiliser les stratégies inverses de celles qui sont décrites ci-dessus et modifiez vos croyances en conséquence. Ce ne sera certes par facile : vous devrez faire des efforts, apprendre à être tolérant, accepter votre partenaire tel qu’il est, vous rappeler les bons souvenirs, vous faire des compliments, cultiver l’estime réciproque, évoluer dans la même direction, vous regarder, accepter de vous faire influencer par votre partenaire, résoudre les conflits solubles et accepter les désaccords permanents. Mais vous devriez y arriver, car si vous avez été capable d’apprendre à être malheureux, cela prouve une chose : vous êtes capable d’apprendre. Vous pourriez apprendre à être heureux.

Yvon Dallaire, est psychologue, conférencier et auteur canadien de nombreux livres sur les relations homme – femme.

Lisez d’autres articles de Yvon Dallaire… http://www.psycho-ressources.com/yvon-dallaire.html

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