Yvon Dallaire, M.Ps.

Chronique #8 : La gestion des conflits insolubles

Chronique #8 : La gestion des conflits insolubles

La gestion des conflits insolubles.

Contrairement à la croyance populaire, le couple ne rend pas heureux. Le couple est plutôt un creuset où se développent de nombreux conflits qui, pour la plupart, sont insolubles. C’est la façon dont on gère, et non solutionne, les problèmes qui rend heureux ou malheureux.

Tous les couples sont confrontés aux mêmes sources de conflits. C’est la façon de négocier ces conflits qui fait qu’un couple survivra et sera heureux à long terme ou non. Certains conflits sont circonstanciels, d’autres perdurent au-delà du divorce. Les membres des couples malheureux ou conflictuels s’enlisent dans des tentatives désespérées de solutionner ces conflits, chacun cherchant à prouver qu’il a raison et l’autre tort, dynamique classique des couples malheureux qui s’endurent ou divorcent. Les couples heureux se mettent d’accord pour vivre avec des désaccords… à vie. Les principales sources de conflits sont au nombre de six.

L’éducation des enfants
Le fruit de l’amour tant espéré, l’enfant, risque fort de devenir une source de discorde permanente si l’un des parents est disciplinaire et l’autre, permissif, à plus forte raison si l’un est très autoritaire et l’autre trop laxiste. « Arrête de le dorloter si tu veux qu’il grandisse. » « Ne sois pas aussi rigide, ce n’est qu’un enfant. »

Les couples malheureux se disputent à savoir ce qui, de la discipline ou de la permissivité, est le plus bénéfique pour l’enfant. Souvent, l’un des deux (devinez lequel ?) démissionne. Les partenaires des couples heureux savent que l’enfant a besoin à la fois d’encadrement et de liberté.

Gestion : S’entendre sur des principes éducatifs communs dont, et surtout, ne pas défaire ce que l’autre parent vient de faire (par ex. donner ou non une permission). Paradoxalement, un bon parent est celui qui reconnaît l’importance de l’autre parent, même s’il n’agit pas comme on le voudrait. Pour en savoir davantage

L’argent
Le budget familial ne suscite aucun problème lorsque les deux partenaires partagent la même attitude face à l’argent. La réalité est toutefois que le sentiment de sécurité financière n’est pas équitablement réparti. L’un met l’accent sur vivre ici et maintenant ; l’autre veut assurer l’avenir. « Qui te dit que tu vivras assez vieux pour profiter de ta retraite. » « Que ferons-nous si tu perds ton emploi ? »

Gestion : Trois comptes, deux comptes personnels et un pour le couple. Dans le compte conjugal, prévoir un compte d’épargne, ce qui sécurisera l’un, et un compte loisirs, pour satisfaire l’autre. Après avoir déterminé la part de chacun à mettre dans le compte commun (de préférence au prorata des revenus), chacun gère ce qui lui reste comme bon lui semble. Pour savoir faire un budget.

L’argent et l’éducation des enfants constituent les deux sources majeures de conflits conjugaux et post-conjugaux insolubles, lorsque vient le temps de partager la garde des enfants et le patrimoine et de négocier une pension alimentaire. Les quatre autres sources de conflits disparaissent généralement avec la dissolution du couple.

Les belles-familles
Nombre de psychologues considèrent les belles-familles comme l’ennemi extérieur #1 du couple, surtout si celui-ci vit dans l’entourage immédiat de l’une ou l’autre des deux belles-familles. L’un des partenaires est souvent désireux d’entretenir des relations serrées avec les deux familles alors que l’autre voudrait vivre de façon plus indépendante. Le conflit classique, maintes fois caricaturé dans des séries télévisées et vaudevilles, est celui de belle-maman qui veut enseigner à sa bru comment s’occuper de son fils et de ses petits-enfants, le fils étant piégé entre sa mère et sa partenaire.

Gestion : L’idéal est évidemment que les membres des deux belles familles s’harmonisent et aient plaisir à se visiter. Mais s’il y a conflit, se rappeler la phrase d’un grand sage qui a dit il y a quelque temps déjà : « C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair. (Genèse 2 :24)[3]. Idem pour la femme. Pour en apprendre davantage.

Les tâches ménagères
À moins que l’un des deux partenaires décide de rester à la maison pour s’en occuper et voir aux soins des enfants, les tâches ménagères constituent un autre conflit insoluble. La femme sous-estime généralement l’apport de son partenaire alors que l’homme surestime ce qu’il fait dans et autour de la maison et quand il y a dispute, on met l’accent sur ce que l’autre ne fait pas ou ne fait pas de la bonne façon. Les membres des couples malheureux cherchent à établir la formule illusoire du donnant-donnant, du 50-50.

Gestion : 1. Faire la liste des tâches ménagères. 2. Distribuer les tâches et s’engager à les faire. 3. Accepter que l’autre les fasse à sa façon. 4. Remercier régulièrement son partenaire pour tout ce qu’il fait. Pour en faire davantage.

La vie privée
La conciliation famille – travail constitue un nouveau défi des couples modernes lorsque les deux veulent, à juste titre, se réaliser professionnellement. Comment assurer une vie conjugale et familiale intime si l’un des deux priorise sa vie professionnelle à sa vie privée ? Comment préserver cette intimité si les deux travaillent à des horaires différents ou si l’un travaille à domicile ? Et si un proche parent a besoin d’aide de l’un des deux conjoints ?

Gestion : En fait, existent ici deux conciliations à gérer : travail – vie personnelle et travail – famille. Chacun est responsable de rechercher un équilibre temporel entre son travail, son partenaire, sa famille, tout en se gardant un peu temps pour sa vie privé (ses loisirs et amis personnels). Sinon, les deux amants du début s’éloigneront lentement l’un de l’autre.

La sexualité
La sexualité démontre que les compromis sont difficilement réalisables lors de conflits conjugaux. Suggérer à un couple de faire l’amour trois fois par semaine lorsque l’un voudrait cinq fois et l’autre, une seule fois, ne résoudra pas la différence de libido ; au contraire, cela pourrait même l’accentuer. Les deux seront frustrés parce qu’un n’en a pas suffisamment alors que l’autre trouve qu’il y en a trop.

Sans parler de la façon quelque peu différente des hommes et des femmes d’aborder la sexualité : pour l’homme, la sexualité est très souvent un objectif alors qu’elle est une conséquence pour la femme.

Gestion : Pourtant, tout allait bien lors de la période de séduction et de l’une de miel, chacun étant attentif et réceptif à l’autre. Donc, prévoir des rendez-vous galants. L’observation des couples heureux démontre qu’ils se préservent cinq heures en tête à tête par semaine pour continuer d’être attentif et réceptif. Vous trouverez la description de ces cinq heures à http://www.yvondallaire.com/pdf/Cinq_heures_pour_entretenir_lamour.pdf

Je reviendrai sur chacun de ces conflits dans mes prochaines chroniques. Qu’il suffise de dire, pour le moment, que pour minimiser les conflits conjugaux, il faut trouver dès le départ un partenaire compatible, c’est-à-dire une personne qui partage sensiblement les mêmes points de vue que nous sur ces six dimensions. N’est-ce pas là d’ailleurs l’objectif des fréquentations ? Et n’oubliez pas que les couples et familles recomposés sont aux prises avec deux nouvelles sources de conflits, là aussi souvent insolubles : les deux ex et les enfants de l’autre.

Le divorce fut inventé à peu près en même temps que le mariage. 
Deux semaines après, pour être plus exact. 
Voltaire.

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Je vous souhaite une excellente journée
et beaucoup de bonheur.

 

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